Comédien, metteur en scène, auteur et même chanteur, il incarne à lui tout seul un pan entier de la comédie à la française.
"Tu n'es pas un comédien, tu es un personnage" lui avait déclaré Yves Robert, son père de cinéma.
En soixante longs-métrages, Pierre Richard a donc imposé un personnage timide et gaffeur, maladroit et rêveur, une sorte de poète de la malchance.
Pendant plus de quinze ans, l'éternel Grand Blond s'est baladé au gré de films mis en scène par lui-même ou Yves Robert, Claude Zidi, Gérard Oury, sans oublier la mythique trilogie où Francis Veber l'associe à Gérard Depardieu (La Chèvre / Les Compères / Les Fugitifs). Après précisément le triomphe des Fugitifs, Pierre Richard va emprunter des chemins de traverse, revenir au théâtre, tourner en Géorgie (Les 1001 recettes du cuisinier amoureux) et, avec une maturité et humanité supplémentaires, rencontrer une génération de jeunes cinéastes qui a grandi avec ses films : Pef des Robins des Bois, Damien Odoul, Eric Barbier, Yann Moix.
Consacré par un César d'honneur en 2006, Pierre Richard connaît une rentrée 2008 chargée : il est à l'affiche de Faubourg 36 de Christophe Barratier, publie un nouvel ouvrage de souvenirs humoristiques, tient le premier rôle du nouveau long-métrage de Thomas Gilou, Victor, actuellement en tournage.
Le Festival Musique et Cinéma est la première manifestation à lui rendre hommage à travers un angle original, la musique, l'une de ses passions.
Parmi ses films :
titre / metteur en scène
-Le Distrait / Pierre Richard
-Le Grand blond avec une chaussure noire / Yves Robert
-Les Malheurs d'Alfred / Pierre Richard
-La Moutarde me monte au nez / Claude Zidi
-On aura tout vu / Georges Lautner
-Le Jouet / Francis Veber
-Je suis timide mais je me soigne / Pierre Richard
-La Carapate / Gérard Oury
-Le Coup du parapluie / Gérard Oury
-La Chèvre / Francis Veber
-Les Compères / Francis Veber
-Les Fugitifs / Francis Veber
-A gauche en sortant de l'ascenseur / Edouard Molinaro
-Les 1001 recettes du cuisinier amoureux / Nana Dzhordzhadze
-Le Cactus / Gérard Bitton et Michel Munz
-Faubourg 36 / Christophe Barratier
-Victor / Thomas Gilou (sortie 2009)
Acteur, réalisateur, comédien, scénariste et même chanteur ! Le Grand Blond ne viendra peut-être pas à Auxerre avec une chaussure noire, mais ce Distrait Compère, Roi du gag souvent comme un Chien dans un jeu de quilles, l'a promis : "Je sais rien mais je dirai tout". Bienvenue à bord...
Vous allez animer, jeudi 13 novembre au théâtre d'Auxerre , une conférence musicale en compagnie de Stéphane Lerouge. Pour quelles raisons avez-vous accepté cette invitation ?
Mon amitié pour Stéphane Lerouge d'abord, l'un des hommes les plus intelligemment drôles et drôlement intelligents que je connaisse. Et puis j'ai mille raisons de m'intéresser à ce festival puisque d'une manière générale j'adore la musique.
J'ai eu de sacrément bons musiciens dans mes films, à commencer par Vladimir Cosma ! Alors j'ai accepté de venir une journée (je ne peux pas plus car je suis en tournage) parler de ces gens qui ont du talent et qui ont travaillé pour moi.
Qu'apporte la musique aux films ? Quel est son rôle ?
La musique dans un film est assez prépondérante. Elle peut rajouter à une émotion mais pas se substituer à elle : si le comédien ne fait pas passer l'émotion dans son jeu, ce n'est pas la musique qui la lui donnera ; mais elle peut la prolonger et l'amplifier. Je crois même que des acteurs, aux Etats-Unis, jouent certaines scènes avec une oreillette diffusant la musique du film. Cela les aide à trouver l'émotion.
Dans les comédies c'est la même chose : la musique peut ajouter un petit supplément de drôlerie si elle est drôle et vive. Il faut cependant veiller à ce qu'elle ne fasse pas pléonasme. D'où l'art du musicien de cinéma de trouver une musique qui donne une atmosphère sans la phagocyter. Dans certains films, la musique est tellement forte qu'elle représente une gêne.
Vous dites que vous adorez la musique. Quelle importance a-t-elle dans votre vie ?
J'ai toujours aimé la musique. Le jazz depuis l'âge de 16 ans, la musique brésilienne, cubaine... Toutes les musiques me concernent parce qu'elles créent en moi une joie de vivre. Si je suis un peu nostalgique la musique peut me passer cette nostalgie, ou si j'en ai envie m'aider à l'être plus encore (rires).
Vous êtes l'un des acteurs les plus populaires en France et même à l'étranger, en particulier dans les pays de l'Est, en Asie... Quelles sont les raisons de ce succès ?
Je pense qu'à une époque mes films pouvaient passer n'importe où parce que la drôlerie reposait sur des situations et une expression corporelle, et non sur des dialogues. Or une situation peut se comprendre aussi bien à Moscou, en Thaïlande, à HongKong ou à Paris. Tandis qu'en matière de dialogues l'humour n'est pas forcément le même d'un pays à l'autre.
Et puis les gens sont demandeurs de divertissement. Pourquoi suis-je si populaire en Russie ? C'est qu'à l'époque il s'agissait de la Russie communiste. Et aujourd'hui on me dit dans la rue : « Vous étiez la petite lueur dans notre tunnel. » Mais sur le moment je n'en étais pas conscient...
Vous avez choisi un registre comique, naïf. Peut-on faire passer des messages en faisant rire ?
Oh oui ! "Le distrait" (1970) était un pamphlet contre la publicité et je m'aperçois que je n'avais pas tort. Elle est tellement envahissante qu'elle nous pollue le quotidien : si on ouvre la télé il n'y a que ça toutes les dix minutes, si on sort dans la rue on en voit partout sur les murs...
Mon deuxième film ("Les Malheurs d'Alfred", 1971) se moquait franchement des jeux télévisés et de ce qu'ils impliquaient d'abêtissement. N'en parlons pas...
Le troisième ("Je sais rien mais je dirai tout", 1973) parlait des marchands d'armes. C'était peut-être le plus visionnaire... Au début Bernard Blier dit, lorsqu'on lui fait des reproches sur son activité : "Ce n'est pas parce que je leur vends des armes que je leur dis de s'en servir." Eh bien c'est un argument que j'ai entendu il n'y a pas longtemps dans une émission sur les armes !
Il s'agissait de films burlesques mais dénonciateurs. Ce que je préférais...
Question que tout le monde se pose : dans la vie êtes-vous aussi maladroit que dans vos films ?
Je suis aussi distrait, ce qui me joue des tours (rires) ; mais il faut être très adroit dans la vie pour être maladroit au cinéma : il faut faire tomber un verre sans avoir l'air de vouloir le faire tomber, et réussir à le rattraper avant qu'il ne se fracasse sur le sol !
Vous jouez aussi des rôles plus insolites et graves... Pourquoi ce changement de registre ?
A un moment donné j'ai eu envie de faire autre chose, mais je vais revenir au comique puisque je commence le tournage d'une comédie, un film de Thomas Gilou, "Victor" (Pierre Richard interprète un septuagénaire en quête d'adoption. Ndlr).
Vous chantez aussi... On a ainsi pu vous entendre récemment dans une très jolie ballade jazzy, "La chanson de Pierre"... en Tchéquie !
C'était une enclave amusante. Je tournais le film "Faubourg 36" de Barratier à Prague, lorsqu'un ami m'a appris qu'une jeune chanteuse tchèque avait écrit une jolie chanson sur moi et qu'elle aimerait bien que nous la chantions ensemble. Comme cela m'a toujours amusé de chanter j'ai accepté.
Il y a 25 ans j'avais déjà interprété "Madame Sardine". J'ai vendu beaucoup de disques parce que les enfants l'achetaient ! Mais il y a une chose rédhibitoire pour moi lorsque l'on fait des chansons, c'est qu'après il faut les vendre à la télé ! Alors j'ai arrêté. Les films j'arrive à dire non, ils peuvent marcher quand même...
Vous allez venir dans l'Yonne. Est-ce un département que vous connaissez ?
Je l'ai connu pendant la guerre. Lorsque j'avais 7-8 ans j'ai habité Tanlay, à côté de Tonnerre. Quand les Allemands ont commencé leur progression vers le Sud, mon grand-père a fait de même avec sa fille et moi, et nous nous sommes retrouvés dans ce petit village où un de ses amis résidait. J'adorais parce que je vivais comme un sauvageon : on pêchait, on braconnait pour manger. C'était la guerre et pourtant pour moi c'était des années géniales.
Propos recueillis par Nathalie Hadrbolec
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